Moins bien payés, mais contents

Pour le 200e anniversaire de sa naissance, Karl Marx aurait sans doute imaginé un monde différent. De manière générale, nous n’avons jamais eu une sympathie débordante pour ce philosophe qui a pourtant fait l’objet de très nombreux écrits. Si nous n’étions pas ses plus grands fans, ce n’est pas tant pour le contenu de ses manifestes, qui renferment maints enseignements économiques fondamentaux, mais surtout pour leurs conclusions sans nuances trop faciles à détourner. Lire la suite

4 saisons en une journée

Animés des meilleures intentions du monde, nous bravons le vent pour poursuivre notre route sur ce chemin certes balisé, mais pour le moins sinueux et surtout très étroit, au point qu’il nous faut parfois nous agripper à un rocher glissant de peur de trébucher et de finir au fond du ravin à notre gauche. Mais ces moments sont vite oubliés lorsque nous levons résolument notre regard vers l’horizon. Lire la suite

Liste des métiers pénibles

Pourriez-vous nous la faire parvenir? Nous souhaitons en effet suggérer un ajout à cette liste qui fait la une de l’actualité, mais nous ignorons à qui nous devons nous adresser. Non pas que nous regardions sa composition actuelle d’un œil très critique. Au contraire. Nous comprenons parfaitement le choix d’y inclure les dockers, qui se chargent d’assouvir nos besoins de consommation en s’échinant sur les quais jour et nuit. Pas la moindre objection non plus pour y intégrer les enseignants (nous parlons d’expérience). Une personne normalement constituée n’oublie jamais le regard hagard des étudiants le lundi matin, ni l’envol soudain d’avions en papier mal montés, et encore plus mal dirigés. Personne ne peut en nier la charge physique considérable. Lire la suite

These are wild, wild markets. This takes a strong, strong mind.

Les hauts et bas des marchés financiers, qui jouent particulièrement sur les nerfs des investisseurs ces jours-ci, annoncent que les bourses d’actions et d’obligations s’apprêtent à changer de saison. Cette mi-saison fait sortir les investisseurs professionnels de leur zone de confort qui est née, ces dernières années, d’une convergence d’éléments favorables: l’accélération de la croissance économique, la disparition progressive des tensions financières et la conduite d’une politique monétaire de soutien considérable aux agents économiques. Cet alignement des planètes du système financier s’est traduit fort logiquement par une progression des bénéfices des entreprises, une diminution des primes de risque et une baisse des taux d’intérêt à long terme. La potion magique pour enregistrer des niveaux boursiers records, du côté des actions comme des obligations.

À l’horizon, nous voyons toujours une augmentation des bénéfices des entreprises, mais également quelques nuages sous la forme de la fin, tout au moins aux États-Unis, de l’ère de la politique monétaire stimulante, et des incertitudes géopolitiques qui empêchent les primes de risque de diminuer encore de manière substantielle.

The times, they are a changin’

Pas de souci: la croissance économique est plus que suffisante pour pousser les bénéfices des entreprises à continuer à faire des étincelles. Si, de son côté, le front des taux d’intérêt reste calme (ce qui semble être le cas actuellement), il n’en faut pas plus pour soutenir les bourses et considérer tout faux pas des cours comme une opportunité d’achat.

En clair: les principales conditions à la poursuite de la haussière boursière à long terme – même selon un chemin sinueux – semblent toujours réunies. Les résultats des entreprises s’inscrivent en tout cas dans une trajectoire haussière rarement vue. Les groupes américains y jouent les vedettes avec une augmentation moyenne de pas moins de 20 % d’une année à l’autre. Mais les entreprises de Chine, d’Inde et de la plupart des pays européens surprennent aussi très agréablement en affichant des hausses bénéficiaires à deux chiffres. Entre-temps, les taux d’intérêt à long terme se sont stabilisés tant dans la zone euro qu’aux États-Unis, alors que la plupart des indicateurs de prix continuent à se tenir tranquilles. Les tensions géopolitiques semblent rejouer la même pièce: des grondements de tambour, des déclarations tonitruantes pour la galerie qui débouchent toujours, in fine, sur un ton plus modéré.

Selon la bonne vieille doctrine du mad man, vous la connaissez bien à présent, à l’exemple de Machiavel, Eisenhower, Nixon et Dr Kissinger.

Mais on sait aussi ce qui risque d’arriver à force de crier au loup: une impréparation coupable si la violence verbale finissait par entraîner un véritable conflit sur le front géopolitique.

Sur le champ de bataille économique, les opérateurs cherchent chaque fois à se rassurer en auscultant les chiffres de l’inflation à l’aune des statistiques du chômage les plus récentes aux États-Unis. Pour l’heure, on attend d’un cœur serré l’évolution de la composante salariale que révèleront les statistiques du marché de l’emploi américain publiées ce vendredi.

Et pour cause: c’est l’évolution défavorable de la croissance salariale qui avait fait dérailler la politique économique en 2004-2005, mais aussi en 1969 parce que, dans les deux cas, les autorités monétaires avaient réagi trop tard, en autorisant pendant un temps les salaires à progresser plus que de raison, avant de devoir arrêter cette spirale inflationniste à coups de relèvements significatifs de leur taux directeur, provoquant ainsi un ralentissement marqué de l’économie.

Les marchés financiers partent aujourd’hui du principe que la banque centrale américaine en a tiré des enseignements salutaires et interviendra à temps. Jusqu’à présent, la Fed n’a pas utilisé son artillerie lourde. Les relèvements récents de son taux directeur sont modestes. Chaque nouvelle statistique sur la croissance salariale est donc attendue avec une grande fébrilité. Les marchés financiers tablent sur deux nouveaux resserrements de la politique monétaire en 2018, chaque fois de 25 points de base, avec une quasi-certitude (en juin et en septembre) et sur un troisième (avec 1 chance sur 3) en décembre.

Ces prévisions peuvent cependant changer très rapidement en fonction de nouvelles statistiques. Dans la mesure où les statistiques salariales sont constituées de manière très erratique, les marchés financiers pourraient de surcroît être pris par surprise. Et là, attention aux réactions abruptes et mouvements vertigineux (comme en février dernier).

Les évolutions économiques ne justifient cependant pas, en soi, l’augmentation de l’incertitude. Au contraire, les indices conjoncturels américains se stabilisent à un niveau élevé et ne laissent apparaître aucun risque de surchauffe, alors que la dynamique économique dans la zone euro et en Chine est plutôt en phase de ralentissement.

Aux États-Unis, le chiffre ISM pour l’industrie a reculé légèrement, ce qui amène cet important indicateur conjoncturel dans notre zone prévisionnelle.

L’indice « surprise » indique cependant toujours que les performances économiques continuent à surpasser les attentes, sur fond de forte croissance des offres d’emploi. Ce dernier développement confère aux travailleurs davantage de marge de négociation et est donc de nature à pousser les salaires à la hausse. La croissance de la productivité est cependant trop limitée pour permettre un dérapage des salaires.

De ce côté-ci de l’Atlantique, l’indice « surprise » s’inscrit dans une tendance baissière, alors que les chiffres Caixin en Chine indiquent que l’accélération observée ces derniers mois ne se confirme pas, écartant ainsi tout danger de surchauffe.

L’augmentation de la volatilité sur les marchés n’est due cependant que dans une mesure limitée aux changements de perspectives sur le plan des taux d’intérêt ou de la croissance économique. Les turbulences du marché trouvent bien davantage leur origine dans l’incertitude géopolitique croissante et l’imprévisibilité d’un président américain décidément très capricieux.

Mais il est trop facile d’agiter le spectre d’une guerre commerciale mondiale imminente. Certes, les conséquences néfastes de l’instauration de barrières tarifaires sont connues, mais il est peu vraisemblable que les prélèvements américains attendus sur des produits importés de Chine entraînent des rétorsions de grande ampleur. La Chine aurait en effet beaucoup trop à perdre d’un tel conflit avec les États-Unis. L’Empire du « juste » Milieu a donc annoncé des taxes d’importation sur des produits américains ayant plutôt un caractère symbolique. La mesure la plus significative vise l’importation de viande de porc. Une action de rétorsion qui ne mange pas de pain en définitive et qui ressemble à une opération du type « ce que je te prends d’une main, je te le remets d’une autre ». La Chine a réalisé en effet, il n’y a pas si longtemps, l’un des plus gros rachats d’entreprises aux États-Unis, en ciblant précisément une entreprise américaine productrice de viande de porc. La taxe peut donc ainsi être récupérée indirectement via des subsides et mettre à bas définitivement et complètement la concurrence d’autres entreprises.

Les autorités manieront d’autant plus prudemment l’arme des mesures de rétorsion que ces mesures pourraient réveiller l’inflation et surtout les prix alimentaires. Qui plus est, on comprend bien là-bas que les violations flagrantes de la règlementation de l’OMC et de la législation internationale sur les brevets ne sont plus ni tenables ni souhaitables. Pour une fois (reconnaissons-lui ce mérite), le président américain a procédé à une analyse approfondie et a avancé des mesures qui sont largement soutenues par les citoyens américains.

Mais les marchés financiers craignent surtout la mesure annoncée de l’interdiction des rachats d’entreprises américaines de haute technologie par des groupes chinois. Cette mesure empêcherait l’exportation débridée de connaissances vers la Chine que celle-ci utiliserait ensuite pour inonder les marchés américains de produits à bon marché, basés sur des efforts de recherche américains. C’est pour cette raison que le rachat de Qualcom a été rejeté récemment. Les cours des actions de nombreuses entreprises technologiques américaines comprennent cependant encore une prime de rachat, qu’il faut donc éliminer à coup de baisses (temporaires). Dans ce secteur, la solidité des résultats des entreprises est à même cependant de les compenser progressivement.

Dès lors, pourquoi les entreprises technologiques européennes ont-elles suivi la glissade de leurs consœurs américaines? Cela reste un mystère. Il faut sans doute l’attribuer au comportement moutonnier, assez coutumier dans le chef des marchés d’actions européennes. Ce recul généralisé crée donc plusieurs opportunités, mais l’annonce que le géant Apple produira ses propres puces à l’horizon 2020 doit d’abord être analysée en profondeur avant de décréter un mot d’ordre d’achat généralisé.

Il faut rappeler aussi que le coup d’arrêt donné aux rachats d’entreprises technologiques américaines par des concurrentes étrangères (lisez: chinoises) est intervenu dans le contexte de plusieurs événements négatifs touchant des fleurons de la nouvelle économie. On pense par exemple à la déconfiture de Facebook. Cet accident industriel menace non seulement la rentabilité de cette entreprise spécifique, mais pourrait toucher également d’autres plateformes de données comme Google. Ajoutez-y la remise en question de l’avenir des voitures autonomes (à la suite d’un accident avec un véhicule Tesla), et vous comprendrez que les marchés financiers ne manquent pas de raisons pour avoir quelques coups de mou, provisoires, et voir leur volatilité attendue progresser sensiblement.

La hausse des résultats des entreprises dans le monde sera de nature cependant à neutraliser une part importante de ces évolutions négatives. Si on le traduit concrètement au niveau de notre allocation d’actifs, cela signifie que la composante actions tend vers une position neutre (à légèrement surpondérée). La rentabilité attendue des actions a en effet augmenté (en raison notamment de la poursuite de la hausse de la prime de risque offerte), tout comme la volatilité attendue, ce qui par solde amène la position des actions sur un terrain neutre, avec une forte pondération de la zone euro. La composante obligataire augmente dans une mesure limitée, mais reste constituée d’obligations italiennes et espagnoles liées à l’inflation, complétées par des obligations d’État portugaises et polonaises et des positions plutôt modestes en High Yield Bonds et en obligations des pays émergents (asiatiques).

Roulements de tambour sur les marchés financiers (avec une attention toute particulière pour ces messieurs à moustache)

Les risques accrus d’escalade d’un conflit commercial international ne laissent pas les marchés financiers indifférents et sont partiellement responsables du recul des bourses mondiales de ces derniers jours. Ce sont surtout les étonnantes mesures annoncées par les États-Unis à l’encontre de la masse d’importations chinoises le 22 mars dernier qui ont provoqué une forte correction à la baisse des cours boursiers.

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Évaluation de la situation économique et financière actuelle

Les marchés financiers évaluent régulièrement si les valorisations des actions et des obligations reflètent encore de manière réaliste leur profil de rentabilité réelle et intègrent une marge de sécurité suffisante pour absorber les éventuelles fluctuations futures. Une telle période de test, comme nous la vivons actuellement, s’accompagne toujours d’une volatilité certaine. C’est d’autant plus vrai lorsque la valorisation dépend surtout, comme c’est le cas actuellement, du niveau et du taux de progression des résultats des entreprises et ne peut plus compter sur l’appui de nouvelles baisses des taux d’intérêt à long terme.

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D’abord un zig et puis un zag. Qui s’en étonnera?

Après la publication, le 9 mars, des chiffres de l’emploi américain – et plus précisément de l’indice mesurant l’évolution des salaires – un long et profond soupir de soulagement a retenti sur tous les marchés financiers. Certes, nous savions que la surprenante poussée de fièvre salariale, annoncée le 2 février dernier, était due aux conditions météo extrêmes sévissant sur la côte est et que la croissance anémique de la productivité n’autorisait aucune accélération des salaires. Nous n’en attendions pas moins impatiemment la confirmation dans les nouvelles statistiques. Avouons-le: les fluctuations fébriles du mois précédent pesaient lourdement sur notre moral. Lire la suite

The Beast from the West

La bise polaire, repartie aussi vite qu’elle est venue nous glacer le sang, n’a peut-être pas rendu son dernier souffle: il suffirait d’une nouvelle brèche dans le jet-stream pour qu’elle nous frappe de plus belle. La faute au réchauffement climatique, surtout du côté de l’Écosse et de l’Irlande, où le jet-stream est le plus susceptible de nous jouer un mauvais tour, mais là aussi où l’anglais est pratiqué avec deux, voire trois, patates chaudes dans la bouche! Lire la suite

Restez tranquille pendant la tonte !

Ce que chaque mouton apprend rapidement n’a toujours pas été assimilé, semble-t-il, par un autre animal moutonnier: l’investisseur.

Toujours apeuré(e), méfiant(e) et enclin(e) à chercher l’inspiration auprès de sources simplistes, il/elle s’abandonne à des sauts de cabri lorsque des voix crient au loup en voyant la Bourse se mettre à tanguer temporairement. Il devrait pourtant le savoir: les indices des marchés boursiers regagneront les quelques pour cent perdus tôt ou tard, parfois plus vite qu’on ne l’imagine. Lire la suite