Tintin à Téhéran

Les turbulences géopolitiques ont dominé, comme toujours temporairement, les marchés financiers. Les prophètes de malheur et autres donneurs de leçons en ont profité, comme de coutume, pour nous annoncer la grande culbute, d’une ampleur comparable à la chute d’Icare.

Mais inutile de raconter des histoires à nos lecteurs. Ils ne sont pas dupes.

Les commentaires négatifs de ce genre s’expliquent par l’aigreur de ceux qui ont raté une des plus belles hausses boursières de mémoire d’investisseur. Sur le plan de la durée comme des bénéfices engrangés. La plus prévisible aussi. Il suffisait d’observer la progression des bénéfices des entreprises, la baisse des taux d’intérêt et le recul des primes de risque. Prendra-t-elle fin un jour ? Ce n’est pas exclu. Mais, selon toute vraisemblance, les développements récents en Iran et aux alentours n’en seront pas la cause. Lire la suite

Cela s’est passé la nuit de Noël (c’est vrai)

Nous nourrissions bien un certain scepticisme à son sujet. Avouez-le : son histoire était tout bonnement incroyable. Sa genèse remonte à la révolution protestante du XVIe siècle qui, parmi les déviances reprochées à l’Église, avait mis à bas tous les saints (idolâtrés), sans leur laisser aucun espoir de rédemption. Le chagrin des petits enfants sages avait permis cependant d’en sauver un, mais par une voie détournée, passant par le Grand Nord. Il signa donc son grand retour sur la scène des miracles enchanteurs à la faveur d’une gigantesque campagne de marketing d’une entreprise américaine, qui en profita pour germaniser son nom en « Santa Claus ». Il envoya ainsi définitivement aux oubliettes le vénérable et véritable « Grand Saint », sauf sur l’étroit territoire des Plats pays.

Le 24 décembre 2018, mon scepticisme à l’égard de ce parvenu a pris cependant un tour inattendu. Qui d’autre que le Père Noël aurait pu ainsi remettre sur le droit chemin les bourses mondiales où les actions s’apprêtaient à prendre un virage dramatique ? D’un robuste coup de hanches sur son traîneau, il a réussi à empêcher l’indice des actions américaines de sortir de son formidable tracé, à savoir la plus longue période de hausse des cours des actions dans l’histoire. Lebull run actuel a démarré en effet en mars 2009.

En termes techniques, un bull run est rompu lorsque l’indice des cours recule de plus de 20 % par rapport à son niveau le plus haut. Certes, intraday, la glace s’était fendue mais, à la clôture au réveillon de Noël, cet indice n’avait perdu « que » 19,50 % par rapport à son dernier sommet. Depuis ce creux légendaire, l’indice S&P américain a progressé de 37 % (chiffre arrêté au matin du 23 décembre 2019).

Il y a un an, les oiseaux de mauvais augure avaient cependant tellement noirci les perspectives de l’économie mondiale que peu d’investisseurs osaient avancer des prévisions optimistes pour les marchés financiers en 2019.

Mais nos lecteurs le savaient pourtant bien. Lire la suite

Noël précoce le Vendredi saint

Ces dernières semaines, la crainte de l’instauration de nouveaux tarifs douaniers américains sur les biens de consommation importés de Chine à partir du 15 décembre avait conduit certains à se mettre à l’abri comme si le ciel allait leur tomber sur la tête.

Nos lecteurs le savaient pourtant bien. Quand bien même la concrétisation de cette mesure aurait fait tanguer les marchés financiers, ils se seraient rapidement remis en selle par la suite. L’économie est en effet très flexible et peut s’adapter assez vite à un nouvel environnement. Lire la suite

Good cop, bad cop

Tout comme nous en avons assez des chauffards qui collent aux pare-chocs sur l’autoroute et du vacarme assourdissant des souffleurs de feuilles, nous en avons plus que marre des commentaires gratuits et des tweets impulsifs du président américain. Ses déclarations imprévisibles et arbitraires sur l’évolution des négociations commerciales sino-américaines ont toutefois de nouveau conduit les marchés financiers à dévier de gauche à droite. Nos lecteurs le savent pourtant bien. Lire la suite

Cousu de soie blanche

En 2019, investir n’était pas plus compliqué que composer de la musique techno. Jusqu’à présent, du moins. L’indice boursier mondial[i] a progressé de plus de 20 % depuis le début de l’année. Pour en profiter, il suffisait de rester tranquille, d’attendre patiemment à l’abri, en se persuadant que le beau temps reviendrait après les errements coupables de la banque centrale américaine, qui avaient fait chuter les marchés d’actions partout dans le monde durant le mémorable 4e trimestre de l’an dernier. Lire la suite

Ni oui ni non

Que vous l’estimiez ou le critiquiez, impossible de contester au président américain un trait singulier de sa personnalité hors normes : il maîtrise parfaitement l’art de se mettre en scène. Mais il ne décrochera jamais une nomination aux Oscars, vu les convictions politiques des membres du jury. Quant à l’intégrité de ces derniers, nous nous permettons également d’émettre des réserves. Lors de la toute première cérémonie de remise de ces statuettes tant prisées, le jury avait en effet refusé au dernier moment de la remettre à la star qui avait recueilli le plus de suffrages. Malgré son énorme popularité et son rôle-vedette dans de nombreux succès au box-office, Rin Tin Tin n’avait pas eu cet honneur. Pour la simple raison que ce n’était qu’un chien[1].  Lire la suite

We shall overcome

Cette profession de foi se retrouvait en filigrane de nos commentaires de ces derniers mois. Et, au vu des récentes performances des marchés d’actions, nous avions raison de nous montrer optimistes. Malgré les menaces géopolitiques, la plupart des indices boursiers ont atteint de nouveaux niveaux record, surtout aux États-Unis, mais aussi en Europe. De ce côté-ci de l’Atlantique, il ne s’agit cependant que d’un « plus haut » sur ces 4 dernières années. Les indices européens sont en effet encore éloignés de 10 % de leur niveau précédant la grande crise de 2008. Pour mieux comprendre, précisons que l’indice affiché en vert concerne la zone euro, exprimé en termes de « prix ». En revanche, l’indice « return » (qui intègre les dividendes distribués) avait dépassé son niveau pré-crise dès la fin de 2013.

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Le triomphe de l’optimisme

Lorsque Jeremy Siegel a publié son article révolutionnaire[i] sur l’évolution à long terme du marché (américain) des actions, il n’imaginait pas l’impact qu’il aurait. Son objectif était en effet purement académique. Il souhaitait simplement démontrer que les returns boursiers très élevés enregistrés dans le passé récent (en moyenne annuelle, de 6 % supérieurs à ce que rapportaient les obligations et bien meilleurs encore que la rentabilité de l’or et des placements de trésorerie) étaient plutôt le fruit du hasard. Selon lui, on devait se satisfaire par la suite d’un moins bon return pour les actions que pour les autres classes d’actifs, à savoir une rentabilité de 3 à 4 %. Les (excellents) résultats de la période antérieure n’annonçaient donc pas un avenir radieux. Nous étions en l’an de grâce 1992. Lire la suite