Yellen candidate à la présidence!

Les américanophiles, dont je suis, s’étonneront toujours qu’un pays aussi puissant que les États-Unis semble incapable depuis plus d’une génération de présenter des candidats solides et crédibles à l’élection présidentielle, excepté Reagan et Clinton (leurs premières années). Le président actuel n’est pas dépourvu de bonne volonté mais se heurte à la résistance de la majorité républicaine qui s’est transformée en obstruction systématique durant son mandat. Apparemment, le chemin vers cette fonction suprême est devenu si difficile que personne ne peut plus espérer, sur la base de ses qualités intrinsèques, se servir du bureau ovale à Washington comme d’un véritable bureau de travail. Il en faut prendre de l’avance pour en conserver suffisamment jusqu’à la victoire finale.

La montée en puissance d’Hillary (Clinton) la tripatouilleuse et le recours pathétique à Jeb (Bush) indiquent malheureusement que le nom de famille est, aux States comme ailleurs, devenu un passe-droit pour accéder à la magistrature suprême. Comme nous aimerions voir émerger un nouveau contre-candidat épatant (pour les étrangers que nous sommes). Avec des idées rafraîchissantes, toujours bien documenté, qui fait ce qu’il dit et dit ce qu’il fait. Une candidate, nous en voyons bien une. 

Elle se soumet régulièrement, ce qui est le test ultime, au regard critique des marchés financiers, en réussissant à chaque fois à faire dissiper les incertitudes avec une analyse désarmante et à faire évoluer les taux d’intérêt et celui de l’emploi selon son scénario préféré. 

Certes, madame Yellen a bénéficié d’un brin de chance dans sa fonction de présidente de la Banque centrale. Après l’arrêt du programme QE, les taux d’intérêt américains n’ont pas augmenté, comme on pouvait le craindre mais, au contraire, ont continué à baisser en raison de l’inflation au plancher, de la chute des prix pétroliers et du recul prononcé des taux d’intérêt dans la zone euro. 

Dans un premier temps, la baisse des taux a été interprétée par les marchés d’actions américains comme une divine surprise. Mais ces derniers jours, elle est vue de plus en plus comme le signe d’une rechute inattendue de la conjoncture américaine. L’indice de surprise de l’économie américaine ne ment d’ailleurs jamais. Cette rechute est très frappante. Les attentes étaient trop élevées: les chiffres publiés sont restés largement inférieurs aux prévisions. 

Graphique 1: indice de surprise aux États-Unis

1

Et ce qui nous inquiète également est l’évolution future des bénéfices des entreprises américaines. L’essoufflement conjoncturel, combiné à la hauteur du dollar, rendra très difficile en 2015 la réédition par les entreprises américaines de leurs résultats records en 2014. Ne parlons même pas d’éventuelles progressions bénéficiaires.

Graphique 2: évolution attendue des résultats des entreprises américaines

2

Ce qui justifie amplement de continuer à sous-pondérer les actions américaines et à remonter nos positions relatives en Asie (surtout la Chine et l’Inde). Les actions européennes gardent également notre préférence. Les développements militaires récents au Yémen sont évidemment de nature à accroître les incertitudes géopolitiques mais l’intervention de l’Arabie Saoudite aura peut-être un effet stabilisateur pour la région (ce qui est loin d’être gagné). Un surcroît de prudence des investisseurs serait donc compréhensible mais rien ne change fondamentalement dans notre scénario : un ralentissement attendu aux États-Unis, qui impose d’opérer des choix d’actions très sélectifs outre-Atlantique plutôt que de prendre une position globale sur le marché américain. Il faut s’attendre aussi à un impact favorable de la baisse des taux dans la zone euro et à une impulsion positive de la politique monétaire en Inde et en Chine. 

Il n’est pas du tout exclu cependant que l’on assiste à quelque turbulence à court terme. Avec les hauts niveaux boursiers actuels, il en faut peu en effet pour provoquer une volatilité baissière. 

Nos positions en actions restent surpondérées. Mais il va de soi que nous surveillons les évolutions économiques et politiques comme le lait sur le feu.

Pour plus de nouvelles passionnantes, poursuivez ici: