Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage

Il faut l’admettre, nous avons épuisé tout notre vocabulaire pour décrire encore correctement l’épopée des marchés des actions et des obligations. C’est la raison pour laquelle nous sommes contraints de nous inspirer de poèmes (que nous avons dû apprendre par cœur) de l’enseignement secondaire – dans ce cas-ci, un ‘sonnet’ si notre mémoire ne nous fait pas défaut …

Graphique 1: évolution de l’indice mondial des actions (indice de rendement en euros)

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Les bourses mondiales triomphent en enchaînant des records successifs à un rythme époustouflant. Tout d’abord attisées par les États-Unis grâce à un redressement (alors) substantiel des résultats attendus des entreprises dans un contexte de faiblesse persistante des taux d’intérêt. Ce sont ensuite les bourses européennes qui ont repris le flambeau au cours du dernier trimestre de 2014, poussées vers l’avant par les résultats plutôt rassurants des stress tests dans le secteur bancaire et par l’intervention audacieuse de la BCE qui, avec calme et fermeté, renvoie le taux d’intérêt sur les obligations à zéro dans l’espoir de stimuler ainsi l’octroi de crédits industriels. Cela a conduit à la plus grande surperformance que la bourse européenne ait jamais enregistrée en 15 ans par rapport à sa concurrente américaine (malgré les performances relativement bonnes du cours du dollar, du S&P-composite et surtout du Russel 2000 et de l’indice Nasdaq).

Graphique 2: évolution de l’indice boursier américain, chinois et européen (rendement en euros)

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Sur le vélodrome de Roubaix, les deux héros ont toutefois encore été dépassés par un revenant surprenant qui, lors de ses précédents passages sur les rugueux pavés économiques et financiers, semblait encore rester à la traîne en raison de l’intervention hésitante de son autorité monétaire. La bourse chinoise poursuit entre-temps son incroyable tour de force avec un mouvement qui reste à la hausse et qui présente une accélération comme nous avons encore rarement pu en observer.

Une telle évolution représente bien entendu du « pain bénit » pour les observateurs qui pointent volontiers du doigt pour avertir d’une correction brutale. Toutefois, si nous observons objectivement ce qui s’est récemment passé sur les bourses chinoises, on constate rapidement qu’il ne s’agit là que d’un mouvement de rattrapage (certes effectué à un rythme effréné), qui a permis aux actions chinoises de rattraper le retard en termes d’évaluation du prix qu’elles avaient accumulé depuis les deux dernières années par rapport à l’indice mondial des actions.

Par rapport à d’autres bourses asiatiques également (dont l’Inde), l’écart qui s’était creusé a été corrigé à l’aide de quelques coups de reins admirables.

Graphique 3: évolution des bourses chinoises par rapport à d’autres marchés asiatiques

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Tout porte à croire que les bourses chinoises vont prendre une avance sur les autres marchés asiatiques. Une telle évolution est en effet probable à court terme pour autant que l’autorité monétaire chinoise s’en tienne à son plan de soutenir la croissance (industrielle). Ces mesures d’aide restent nécessaires dans la perspective du recul des performances économiques du grand géant rouge – qu’il s’est certes en grande partie infligé lui-même, dans une tentative de transformer et de mieux positionner l’économie locale quand l’implosion démographique inévitable commencera à se faire sentir.

Le marché chinois est (à présent) devenu d’un seul coup (pratiquement) aussi cher que la bourse américaine, européenne ou indienne, sur la base des ratios attendus cours-bénéfice. En cas de baisses supplémentaires des taux d’intérêt ou d’abaissements des réserves obligatoires pour les banques, l’économie peut être remise sur les rails d’une croissance plus dynamique.

Graphique 4: évolution du ratio attendu cours-bénéfice

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Au cours des prochaines semaines, il sera avant tout important de voir si le secteur immobilier en Chine ne se comporte pas comme un hôte indésirable. Le but est en effet de soutenir (temporairement) l’industrie et n’est bien entendu pas d’augmenter le risque d’éclatement de la bulle immobilière. Nous pouvons voir la probabilité d’un tel éclatement sur la base de la différence entre le taux directeur officiel (5,6 %) et le taux interbancaire.

Graphique 5: évolution du taux directeur chinois et du taux interbancaire

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Si ce dernier taux vient à dépasser le premier taux, cela indiquera que les autorités monétaires chinoises doivent corriger leur politique expansionniste pour ne pas générer une surchauffe (incontrôlable) du secteur immobilier. De récentes indications révèlent toutefois qu’aucun signal d’alarme ne s’est encore déclenché malgré les importantes interventions expansionnistes des autorités.

En attendant, dans l’Occident européen…

Mario Draghi, le président de la BCE, poursuit tranquillement son plan visant à faire passer le taux d’intérêt allemand sur 10 ans sous la barre du zéro. Du jamais vu sur le plan historique bien entendu, et singulièrement intéressant d’un point de vue économique.

Graphique 6: taux d’intérêt sur les obligations d’État allemandes sur 10 ans

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L’objectif est clair: si des investissements avec un caractère (perçu) sans risque ne rapportent plus rien, les crédits aux entreprises et aux particuliers représenteront alors une alternative intéressante pour les banques. Les premiers signes d’une hausse dans la formation de crédits sont déjà visibles (même s’il faut pour cela un microscope), tandis que les indicateurs du climat économique enregistrent un net redressement.

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