Le temps a fini par se couvrir.

Le chemin radieux vers les sommets, que la plupart des bourses mondiales ont emprunté ces dernières années, les a conduit, outre au nirvana pour les actionnaires, sur un terrain de plus en plus aride, mais aussi de moins en moins riche en oxygène: de quoi alimenter une méfiance croissante quant à la soutenabilité de tels niveaux de cours, à la stabilité de la situation économique et géopolitique et à l’évolution attendue des taux d’intérêt.

Dans de telles conditions, il suffirait d’une allumette pour embraser une bonne partie des marchés financiers. Heureusement, quelques bonnes averses de temps en temps peuvent sécuriser l’environnement, juste assez pour qu’un feu de broussailles ne se transforme pas en un incendie dévastateur.

Les nuages menaçants, qui ont fini récemment par doucher le climat euphorique des marchés d’actions, s’accumulaient depuis quelque temps au-dessus des États-Unis. Nous vous avions d’ailleurs prévenu, il y a quelques mois, du ralentissement de l’économie américaine. Ce coup de tonnerre s’explique d’une part par les conditions météo rigoureuses qui ont sévi sur la côte Est au début de l’année et d’autre part par la chute des prix du pétrole, qui est de nature à annuler de nombreux projets d’investissement dans le secteur énergétique américain (au poids considérable). Ce contrecoup a été corrigé ensuite par la hausse des dépenses de consommation, ce qui a permis à l’économie américaine de retrouver un rythme de croissance plus soutenu.

L’indicateur avancé ISM et l’indice Surprise n’ont pas menti au cours des derniers mois, ce que nous avons indiqué à plusieurs reprises.

 

Graphique 1: indicateurs ISM États-Unis: Industrie

 

 

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Graphique 2: « Indice Surprise » États-Unis (différence entre les performances économiques réelles et leurs prévisions)

 

 

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Mais si la faiblesse du taux de croissance du PIB américain au premier trimestre (un famélique 0,2 %) n’a pas constitué une grande surprise, elle a réussi néanmoins à refroidir les ardeurs des investisseurs. Qui restent sur le qui-vive. Sans toutefois paniquer. Pour preuve: leur réaction mesurée à l’annonce de ce ralentissement. Les marchés d’actions américains s’étaient préparés à des chiffres économiques peu enthousiasmants et en y tiraient une conclusion rassurante: dans de telles conditions, il est hors de question que la Réserve fédérale augmente son taux directeur (à court terme). Les entreprises pourraient donc continuer à se financer à des conditions très favorables. N’oublions pas à cet égard que la faiblesse apparente des indicateurs économiques cache une tendance sous-jacente plus tonique, notamment au niveau de l’évolution haussière des résultats d’entreprise. Qui peut donc se poursuivre, sans être entravée par une éventuelle remontée du loyer de l’argent.

 

Dans ses commentaires, la banque centrale américaine a pointé également le ralentissement des recrutements de personnel, ce qui va ralentir les créations d’emploi (et donc atténuer les tensions salariales potentielles). Mais ici aussi, il ne s’agit que d’une temporisation: le nombre des offres d’emploi s’inscrit toujours dans une tendance haussière, ce qui se traduira certainement dans les prochains mois dans les chiffres de recrutement.

 

Graphique 3: rythme de croissance annuel des offres d’emploi dans l’économie américaine.

 

 

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Il faut garder à l’esprit par ailleurs que le report de la hausse des taux directeurs affaiblit provisoirement le dollar, ce qui redonne de l’oxygène aux entreprises américaines exportatrices.

 

Là réside peut-être une des explications des pertes beaucoup plus importantes subies par les Bourses européennes (et en particulier la Bourse allemande, en proie à une nervosité croissante) après le coup de froid américain. Les Bourses du Vieux continent subissent en effet un double contrecoup de la rechute du dollar et de l’affaiblissement conjoncturel américain: les entreprises européennes voient se réduire non seulement leur compétitivité à l’exportation, mais également leurs débouchés outre-Atlantique. Il reste que cette évolution n’était pas vraiment surprenante, ce qui ne suffit donc pas à expliquer la récente tendance baissière des Bourses européennes.

 

Le talon d’Achille des marchés boursiers du Vieux continent reste évidemment la Grèce. Une tragédie dont ignorait qu’elle comptait autant d’actes « de la dernière chance ». Heureusement, la réaction des investisseurs à ce chemin de croix politico-financier reste somme toute mesurée par rapport au climat apocalyptique qui régnait en 2012 quand le scénario d’un « Grexit » faisait craindre une implosion de la zone euro.

 

Il reste que l’incertitude persistante sur la poursuite de l’aide financière octroyée à la Grèce continue à peser sur les Bourses européennes. Et l’annonce par le Premier ministre grec de l’organisation éventuelle d’un référendum sur de nouvelles mesures d’économies budgétaires a réveillé le spectre de la crise de novembre 2011. Mais, entre-temps, les autorités européennes ont fait en sorte que l’éventuelle faillite de la Grèce n’ait qu’un impact marginal sur l’économie du Vieux continent. Mais quid des implications politiques si les négociations actuelles venaient à échouer? La zone euro aurait démontré qu’elle n’était pas capable de résoudre un tel problème, marginal au regard de son poids économique, et qu’elle ne pouvait in fine qu’observer la descente aux enfers d’un de ses (petits) membres.

 

Mais nous n’en sommes pas encore là. Au contraire: les solutions sont en réalité à portée de main. Encore faut-il que les politiques s’en saisissent. Ce qui est loin d’être gagné: ils sont surtout soucieux de leur propre opinion publique, que ce soit en Allemagne, aux Pays-Bas ou en Belgique. Et aussi des conséquences (indésirables) qu’une « victoire » grecque pourrait avoir sur le vote des électeurs italiens et espagnols.

 

Les négociateurs de la troïka partent sans doute du principe que la Grèce est si faible actuellement que le temps est venu de briser la rébellion locale et de forcer les réfractaires à poursuivre les réformes (structurelles) qu’ils appellent de leurs vœux depuis longtemps.

 

Dans l’hypothèse (réaliste) qu’à la fin des fins, la raison prévaudra dans le chef des négociateurs, la correction boursière actuelle se profile comme une fenêtre d’opportunité pour les investisseurs qui veulent hisser leur position à long terme à un niveau responsable, comme nous le faisons également via les fonds profilés.