Pas de panique, ce n’est qu’un premier ministre!

En temps d’austérité généralisée et de stagnation économique, lancer un référendum sur n’importe quel sujet et y lier son destin de premier ministre, n’aboutit finalement qu’à mesurer le niveau de popularité du gouvernement. Ni plus, ni moins. La manœuvre politique de Renzi était non seulement inutile, elle était aussi mal conçue. Le premier ministre italien était-il si convaincu du soutien massif de ses idées ou ne cherchait-il qu’une sortie pour mieux préparer les élections qui s’en suivraient?Il est prématuré de n’attribuer cet échec qu’à une poussée de populisme et aux sentiments anti-UE. Il faut aussi y voir un mécontentement général sur les développements économiques, les réductions de dépenses publiques très impopulaires, les tendances séparatistes, un rejet croissant de l’establishment politique et une propension à croire aux solutions simplistes.

Mais le résultat du référendum est sans appel. 60 % des électeurs italiens ont voté « non », ce qui amène logiquement le premier ministre Renzi à présenter sa démission au président. Dans d’autres circonstances, on aurait pu envisager une bouée de sauvetage pour Renzi: le président aurait refusé sa démission pour le mettre à la tête d’un gouvernement de transition. Mais le « no » ferme de l’électorat exclut un tel scénario.

Le pays va-t-il dès lors plongé dans le chaos? Rien n’est moins sûr. L’Italie est habituée à de telles situations: elles créent même la possibilité de mettre en place un gouvernement technocratique typique chargé de préparer les prochaines élections et de stabiliser les problèmes bancaires imminents. Ce gouvernement de transition pourrait même avoir les coudées plus franches pour prendre les mesures nécessaires sans devoir plaire aux électeurs.

Avantage supplémentaire: ce vote « no » rend très irréalistes des décisions radicales, comme une sortie de la zone euro (et donc de l’UE). Le système politique affaiblira en effet fortement de tels choix radicaux et impulsifs. Mais il est évident que l’UE devra corriger sa politique actuelle, y compris dans la perspective des prochaines élections aux Pays-Bas, en France et en Allemagne.

Il n’en reste pas moins que de tels développements politiques charrient de l’incertitude (en l’espèce totalement inutile), ce dont les marchés financiers ont en horreur. Au cours des prochains jours, il peut en résulter un peu d’instabilité sur les marchés des actions et surtout les marchés obligataires. Ces dernières semaines, nous avons réduit dans une grande mesure notre exposition aux obligations italiennes. Et nous attendons le moment propice pour y investir de nouveau. Ce qui dépendra fortement de l’évolution politique des prochains jours, ce qui est toujours difficilement prévisible, surtout dans les contrées méridionales de l’Europe.

On se gardera donc de toute réaction hâtive, tant au niveau des investissements à forte composante d’actions que du côté des positions exposées aux taux d’intérêt à long terme. Les marchés des actions se focalisent surtout sur le redressement de l’économie européenne. Ce qui transparaît des indicateurs conjoncturels avancés et de la réunion de la BCE de jeudi où Draghi pourra mettre (une dernière fois?) des moyens financiers à disposition de cette relance. Les marchés obligataires ont déjà eu largement le temps de tenir compte de ces évolutions mais la poursuite de la remontée limitée du taux d’intérêt à long terme italien pourrait logiquement créer une réaction.

Fondamentalement, les cours évolueront en fonction du redressement économique de long terme aux États-Unis et en Chine, et dans une moindre mesure dans la zone euro.