Un seul chapeau melon pour deux rêves

La Première ministre britannique mérite sans doute une médaille pour son courage et son dévouement dans un combat qui n’était pas le sien au départ. Le parlement du Royaume-Uni ne lui en a pas moins infligé une défaite cinglante. Cette humiliation complète est pourtant tout sauf une catastrophe. Mais le temps commence à manquer pour trouver une solution à ce nœud gordien d’ici au 29 mars.

Le résultat du référendum historique sur le Brexit a révélé en tout cas qu’une majorité de Britanniques (en réalité, surtout le groupe dominant des Anglais) est très réceptive aux arguments simplistes et caricatures en tout genre. Aussi, la voie de l’organisation d’une nouvelle consultation populaire sur la même question semble d’ores et déjà bouchée. Une option d’autant plus délicate à envisager que le climat délétère actuel pourrait conduire rapidement à des explosions de violence. En d’autres temps, un tel antagonisme entre les deux camps aurait déjà provoqué une guerre civile.

La réaction des marchés financiers aux nouveaux développements a été très mesurée. Il faut dire que le résultat du vote du parlement britannique n’a surpris personne et apporte assez curieusement une solution positive à court terme. Certes, l’abîme dans lequel l’économie britannique menace de tomber en cas de Brexit sans accord prend des contours toujours plus dramatiques mais cette perspective de chaos est précisément un des éléments du grand bluff qui se joue entre les deux camps.

La solution ne viendra pas en tout cas de nouvelles élections. Les partisans et les opposants au Brexit se retrouvent en effet dans les deux principaux partis politiques. Il est très difficile d’estimer les glissements d’intentions de vote qui pourraient intervenir après les derniers développements. Bien malin celui ou celle qui pourrait annoncer la position qu’adopteront tant les Travaillistes, dont le président est eurosceptique, que les Conservateurs tout autant divisés, sinon plus, sur cette question.

Un report de quelques mois du Brexit, le temps de mener de nouvelles négociations, semble voué à l’échec également. Si une telle demande était formulée, tous les membres de l’Union européenne (UE) devraient marquer leur accord. Cette exigence d’unanimité ne manquerait pas d’être exploitée par certains pays, comme la Hongrie, qui a encore un œuf à peler avec l’UE.

Mais quand bien même les 27 États-membres de l’UE réussissaient à accorder leurs violons sur un report, la tenue des élections européennes pendant cette période pourrait l’en empêcher. Un tel scénario créerait en tout cas des problèmes juridiques d’une rare complexité.

L’option la plus réaliste consisterait donc tout simplement à supprimer l’application du fameux article 50. Le Royaume-Uni peut en décider de manière unilatérale. Dans une telle situation, les négociations avec l’UE pourraient redémarrer sans pression du temps. Et le parlement britannique (éventuellement renouvelé) pourrait y être associé plus directement.

Le « deal » qui en résulterait ferait l’objet d’un nouveau référendum. En espérant qu’on y intègre cette fois l’exigence d’avoir une majorité de suffrages dans chacune des régions qui constituent le Royaume-Uni. Certes, la période d’incertitude se prolongerait sensiblement. Mais les marchés financiers s’accommoderaient d’un tel scénario. Ils le préfèrent en tout cas à un Brexit sans accord générateur de chaos.

Il permettrait aussi au peuple britannique de réfléchir à ce qu’il veut vraiment.

À 6 h moins 10, à la gauche d’une bande déjà encombrée de camions prenant la direction d’Anvers, Joe Jackson lui adressait ce conseil sage sur les ondes de la Radio 1 : You can’t get what you want, ‘till you know what you want.