Salaire de la peur

En menaçant à présent de majorer les droits de douane sur les importations mexicaines, le président américain s’est engagé dans une nouvelle phase des guerres commerciales qu’il mène sur plusieurs fronts. Donald Trump n’utilise plus seulement l’arme des taxes à l’importation pour faire monter la pression dans le cadre des discussions commerciales en cours, mais également pour forcer ses interlocuteurs à des concessions d’une autre nature.

En l’espèce, il veut que le Mexique donne un coup d’arrêt à l’immigration illégale qui passe par ses frontières. Le flux d’immigrés atteint à présent un sommet malgré le durcissement des mesures instaurées par les États-Unis au cours de ces derniers mois. Les nouvelles taxes à l’importation entreront en vigueur à partir du 10 juin. Le gouvernement mexicain peut donc, s’il le souhaite, entreprendre plusieurs actions visant à contrôler quelque peu la vague migratoire.

Les protestations que suscite cette approche auprès d’un large public ne semblent guère émouvoir le président américain. L’hôte de la Maison-Blanche se sent conforté en constatant que les droits de douane (plus substantiels) sur les produits chinois n’ont encore eu aucune incidence sur l’inflation américaine et n’en auront pas, selon toute vraisemblance.

Les hausses de prix sont neutralisées parce que les produits chinois sont remplacés par d’autres et parce que, lorsque cette substitution ne joue pas, les hausses de prix sont absorbées par les différents intermédiaires, moyennant une baisse de leur marge, tout au long de la chaîne de distribution allant de la Chine au consommateur final américain. À cet effet s’ajoute encore un recul du cours de la monnaie chinoise.

Ces tensions commerciales n’en exercent pas moins une pression constante sur l’activité mondiale. Ce qui accroît le risque d’une récession à l’échelle planétaire, y compris aux États-Unis. Le président américain est convaincu cependant que sa banque centrale réduira à temps son taux directeur et épargnera ainsi à l’économie de son pays cette sombre perspective.

De fait, la probabilité d’une future baisse du taux directeur a fortement augmenté ces derniers temps. Les marchés des futures l’estiment actuellement à plus de 50 % pour une première baisse en juillet 2019. Il y a peu, ils ne la voyaient encore intervenir qu’en décembre ou janvier. Qui plus est, ces mêmes marchés tablent à présent sur une deuxième baisse en octobre 2019 (avec une probabilité en hausse à 57 %).

Pour l’heure, l’espoir de voir la banque centrale américaine soutenir la conjoncture économique (aux États-Unis !) et l’administration Trump abandonner (ou reporter) les taxes sur les importations mexicaines incite les bourses mondiales à ne pas accélérer leur recul. L’incertitude politique continue cependant à peser lourdement sur le sentiment des investisseurs. Un véritable redressement boursier à court terme ne sera possible que si les négociations sino-américaines prennent un tour favorable.

Graphique 1 : Cours de change yuan/dollar américain

Le cours de change de la monnaie chinoise s’est stabilisé après son recul récent. Cela semble indiquer que les discussions en cours restent constructives.

Mais, quand bien même ces négociations échoueraient, les bourses retrouveraient après quelque temps un nouvel équilibre et trouveraient un ressort dans la baisse des taux d’intérêt et la hausse des rémunérations pour la détention d’investissements risqués. C’est ce qu’on appelle le salaire de la peur.

Pour plus de nouvelles passionnantes, poursuivez ici: