Trop is te veel

Bien avant la célèbre maxime du commentateur sportif Gary Lineker selon laquelle le résultat de chaque compétition internationale de football est déterminé à l’avance, car à la fin, ce sont les Allemands qui gagnent, la Chine avait déjà un proverbe beaucoup plus précis que la prédiction de l’ancien avant-centre.

Quant à la victoire finale, il n’y a en effet aucun doute : la Chine gagne toujours, même si cela doit durer 1 000 ans… 

Une référence sans équivoque au grand mérite de la retenue et de la patience dont le pays fait preuve pour atteindre un objectif.

Ce sont précisément les deux qualités qui font manifestement défaut au président américain, car avec son tweet impulsif sur l’introduction (éventuelle) d’une taxe d’importation supplémentaire de 10 % sur les produits chinois, Trump déclare que sa stratégie a jusqu’à présent échoué. Bien au contraire, depuis que les États-Unis ont imposé des droits de douane de 25 % en juillet 2018 dans une tentative (parmi d’autres) d’obliger le gouvernement chinois à rendre son marché intérieur plus accessible aux entreprises américaines, l’excédent commercial de la Chine avec les États-Unis n’a fait qu’augmenter.

Graphique 1 : Excédent commercial de la Chine avec les États-Unis

Trump s’avère à présent être un très mauvais joueur de poker en dévoilant ses cartes sur la table, montrant ainsi à tout le monde que la tactique américaine ne consiste qu’à pratiquer des augmentations tarifaires unilatérales qui ne seront bénéfiques ni à court ni à moyen terme. En dépit des arguments populistes de la presse, cela est contre-productif, car les prix pour le consommateur final ont tendance à baisser plutôt qu’à augmenter. De plus, en prévision d’une nouvelle augmentation potentielle des taxes à l’avenir, un stock de composants en provenance de Chine est en train de se constituer. Par conséquent, le déficit commercial avec la Chine augmente considérablement, mais il en va de même pour les recettes fiscales américaines.

Graphique 2 : Excédent commercial de la Chine avec les États-Unis et taxes d’importation aux États-Unis

À long terme, cela donne au gouvernement chinois tous les arguments pour faire baisser son taux de change par rapport aux États-Unis et pour renforcer encore sa position concurrentielle. Jusqu’à il y a quelques jours, la Chine faisait toutefois preuve de beaucoup de prudence dans l’utilisation de son taux de change dans la guerre commerciale, malgré les propos provocateurs et les menaces du président américain. Le tweet de Trump dans lequel il a annoncé vendredi, de manière tout à fait inattendue, des taxes supplémentaires a, de façon impitoyable et inconsidérée, enterré tout espoir de solution au conflit à court terme.

L’annonce d’une augmentation de 10 % est globalement considérée comme une mesure désespérée, montrant que les États-Unis n’ont que cette arme à utiliser dont ils devraient savoir qu’elle donnera le résultat contraire. Le gouvernement chinois a presque immédiatement profité aussi de l’occasion pour ramener sa devise à son niveau le plus bas depuis 11 ans et faire passer, sans aucune hésitation, son taux de change au-delà de la barre symbolique des 7 yuans par dollar américain.

Graphique 3 : Taux de change du yuan par rapport au dollar américain

La Chine est à présent accusée d’être une manipulatrice des taux de change. Mais cette accusation est facile à réfuter. Le gouvernement chinois peut se référer ici aux directives et recommandations du FMI qui imposent que le cours de sa devise soit davantage déterminé par le marché libre. Et comment pensez-vous qu’une devise se comporterait sur le marché libre si son économie était en crise, si ses exportations risquaient d’être entravées par des augmentations répétées de taxes d’importation et si le taux d’intérêt devait être abaissé afin de remettre l’activité économique sur les rails ? Elle baisserait fortement, c’est évident.

La réaction complètement irréfléchie de Trump donne à la Chine la possibilité d’utiliser à présent son arme la plus puissante. Un nouveau retour en arrière sur le taux de change du yuan agite rapidement le spectre de dépréciations encore plus drastiques.

Graphique 4 : Taux de change sino-américain à plus long terme

Tout cela à la grande frustration du président américain, qui y voit une fois de plus de la manipulation à laquelle il aimerait beaucoup répondre par une manipulation similaire. Mais pour cela, il doit de nouveau aller frapper à la porte de la banque centrale américaine pour intervenir sur les marchés de change et il est fort peu probable qu’il puisse compter sur une coopération suffisante. Le dollar américain coûte en effet cher pour de bonnes raisons économiques. L’économie américaine tourne à une vitesse nettement supérieure à celle de l’Europe à bout de souffle et divisée, du Japon paralysé par une population vieillissante et de la Chine en proie à l’incertitude économique.

Contrairement à son homologue américain, le président Xi est libre d’imposer sa politique à la banque centrale chinoise. Par ailleurs, il n’est pas certain que les autorités chinoises ont agi de manière délibérée sur les marchés de change ce lundi. Elles ont peut-être été aussi surprises que nous par le tweet maladroit de Trump et ont dû réfléchir à la question. De plus, les hautes sphères du gouvernement chinois sont pour l’instant parties en vacances parlementaires quelque part sur la côte est de la Chine pour réfléchir à l’orientation qu’elles peuvent donner à long terme à l’économie chinoise. Quoi qu’il en soit, il est encourageant que la PBOC ait stabilisé le taux de change mardi matin et qu’elle prévoie d’émettre des obligations à long terme afin de contribuer à stopper la fuite des capitaux.

Le refus de la Fed de venir en aide à son président capricieux s’est très clairement manifesté par la baisse limitée du taux d’intérêt annoncée jeudi dernier et par les commentaires du président de la banque centrale. Mais un changement important s’est aussi produit lundi et s’est traduit par une forte augmentation de la probabilité de nouvelles baisses du taux d’intérêt directeur.

Vendredi matin, la probabilité d’une nouvelle baisse de 25 points de base du taux d’intérêt officiel américain en septembre était légèrement supérieure à 50 %. Cette probabilité est maintenant de 100 %, tandis que pour octobre et janvier, la probabilité d’une nouvelle baisse d’un quart de pour cent est estimée à respectivement 80 % et 70 %.

Mais en plus d’être un mauvais joueur de poker, le président américain est aussi un mauvais perdant et ce conflit risque de se transformer en un bourbier politique similaire à celui de la guerre du Vietnam à l’époque. Vous savez que la stratégie est un échec total, mais vous continuez à bombarder le Nord-Vietnam parce que vous ne voulez pas admettre que vous avez tort.

There must be some way out of here, said the Joker to the thief.

Si les deux parties ont la possibilité de quitter cette table de poker sans perdre davantage la face, les dégâts peuvent rester limités.

Pour nous, il est en effet clair depuis longtemps que la Chine préfère la situation actuelle des droits de douane à l’incertitude qui accompagnera les changements structurels exigés par Washington. Le Président Trump peut, au stade actuel, quitter la table des négociations la tête haute, en invoquant la mauvaise volonté chinoise, et toucher le jackpot de recettes fédérales en forte hausse qui sont perçues sur les droits de douane.

Mais ces taxes ne devraient plus être augmentées, car l’économie chinoise ne pourra probablement pas les absorber, sauf si le taux de change est sensiblement revu à la baisse.

C’est précisément en raison de cette dernière éventualité que les marchés boursiers ont paniqué lundi. Une réaction un peu exagérée, comme on peut s’y attendre en août lorsque la liquidité du marché est traditionnellement très faible.

Graphique 5 : Taux d’intérêt à long terme aux États-Unis et dans la zone euro

Le taux d’intérêt à long terme extrêmement bas, la volonté d’ajuster encore le taux directeur, la prime de risque élevée et l’évolution relativement favorable des résultats des entreprises permettront, comme toujours, un rétablissement progressif sur les marchés boursiers. À la seule condition que le gouvernement américain fasse preuve d’un peu de bon sens pour ne pas poursuivre inutilement son mauvais choix stratégique.

La Chine gagnera sans aucun doute cette guerre commerciale. Les Chinois sont mieux à même de faire face à des privations extrêmes, surtout lorsqu’ils peuvent les imputer à un agresseur étranger.

Tout finira par s’arranger en fin de compte. On peut juste se demander à quel point tout aurait pu être merveilleux si cette génération n’avait pas été prise en otage par la volonté de profilage de ses dirigeants politiques qu’elle a pourtant élus.

 

Pour plus de nouvelles passionnantes, poursuivez ici: